mardi 19 février 2013

L'homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy


"Le problème, c'est que celui qui a été nourri à la morale de la réussite est persuadé qu'il doit grimper les échelons à la vitesse qu'il estime mériter. Autrement, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Ou bien, il finit par se convaincre qu'il n'a pas la carrure nécessaire." Ces trois phrases résument à merveille le thème de ce livre et la réflexion qu'il propose sur le sens de l'existence. Des interrogations servies par une intrigue captivante qui font de ce roman une lecture inoubliable.

Eloge au nouveau départ
Pour tous, Ben Bradford a réussi sa vie : avocat dans un grand cabinet à Wall Street, il est l'époux d'une magnifique femme, père de deux beaux enfants, propriétaire d'une belle maison dans un quartier chic et titulaire d'un compte en banque plein à craquer. Mais au fond de lui, Ben est déçu. Où sont passées ses ambitions de jeunesse et l'époque où il rêvait de devenir un photographe reconnu ? Envahi par la frustration,  enfermé dans son quotidien, Ben se laisse gagner par le dégoût de soi, perd le contrôle et sa vie bascule.

Nous ne cessons de rêver d'une existence plus libre tout en nous enferrant de plus en plus dans nos obligations, dans les pièges domestiques. Nous aimerions tant partir, voyager légers, et cependant nous ne cessons pas d'accumuler de nouveaux poids qui nous entravent et nous enracinent. La faute nous en incombe parce que, au-delà du rêve d'évasion, auquel nous ne renonçons jamais, il y a aussi l'attrait irrésistible des responsabilités : la carrière, la maison, les scrupules parentaux, les dettes, tout cela nous remet sans cesse les pieds sur terre, nous offre cette sécurité tant recherchée, nous donne simplement une raison de sortir du lit le matin. En réduisant inexorablement le champ du "choix", cette vie nous accorde le soulagement des certitudes. Alors, même si tous les hommes que je connais enragent en secret d'être tombés dans un cul-de-sac domestique, nous continuons à y entrer et à nous y installer, tous. La rage au coeur, le désir de vengeance aux tripes.

Recommencer sa vie, mais à quel prix ?
L'homme qui voulait vivre sa vie est le récit d'un homme qui se bat pour ses aspirations, mais surtout pour rester vivant. La tentation de mettre fin à ses jours est pourtant grande quand rien ne va plus, mais à quoi cela mène-t-il, alors que la vie a encore tellement à donner ? Malgré tous les sacrifices et les choix cornéliens qu'il doit faire, malgré les remords et la culpabilité, Ben continue à aller de l'avant. J'ai été particulièrement touchée par ce personnage, que l'on suit à la première personne tout au long du roman. Son introspection quasi-permanente, l'expression de ses doutes, de sa culpabilité et de son désespoir font de lui un personnage complet et extrêmement attachant

Cette histoire résolument romanesque, aux allures de road-trip et de thriller, est servi par une intrigue captivante et un style précis, documenté (les descriptions sur la photographie sont criantes de réalisme !) et intimiste. L'homme qui voulait vivre sa vie est un roman parfois triste, mais profondément optimiste, qui nous donne envie de croquer la vie à pleines dents. Une fois ouvert, impossible de le refermer.

L'homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy, Pocket, réédité en 2013, 497 pages

Je remercie chaleureusement les éditions Pocket qui m'ont gracieusement envoyé ce livre.

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